"Nul ne peut avoir de lien avec son prochain s'il ne l'a d'abord avec lui-même" (CGJUNG)

Dernière mise à jour : 26 déc. 2020


Cet axiome de Jung quelque peu ésotérique et complexe mérite d'être explicité.

Lorsque deux êtres s'aiment vraiment c'est par et pour la reconnaissance de l'âme qui les constitue et a conduit à les réunir (selon l'adage des Upanishad : c'est par et pour l'amour du Soi que les bien aimés s'aiment).

Pour Jung, l'amour humain véritable relève d'une re-connaissance dans la personne aimée d'un être intérieur de lumière (*1) que l'on porte en soi, notre âme, projection qui vient du fait qu'elle se reconnait dans la personne aimée. Mais cet amour envers la personne aimée vise à nous faire découvrir et contacter cet être intérieur (inconscient), c'est cela qu'il appelle avoir un lien avec soi-même.

Et il n'y aura plus de solitude dans cet amour là une fois que le lien conscient avec cette âme aura été re-connu.

Tant que cet être intérieur n'est pas reconnu, les relations avec la personne aimée vont avoir tendance à être entachées par les couches de la persona et de l'ombre (*2) qui recouvrent l'être intérieur et qui interfèrent aussi dans le lien avec le prochain. Les relations avec la personne aimée sont alors entachées "de désir et d'exigences alourdies par des contraintes et des servitudes : on attend quelque chose de l'autre ce par quoi cet autre et soi-même perdent leur liberté" (JUNG dans MA VIE). On attend que l'autre coïncide avec la projection.

Au début, on peut tomber amoureux de quelqu'un(e) qui cadre avec notre persona et donc aussi avec la contrepartie d'ombre qui va avec cette persona. Ceci peut faciliter la relation au niveau de la vie extérieure mais aussi constituer un obstacle pour trouver le lien avec l'être intérieur.

Dans le cas du coup de foudre, ce peut être l'inverse : les êtres intérieurs se reconnaissent mutuellement mais les persona et les types psychologiques ne s'accordent que plus difficilement.

Dans tous les cas le lien avec l'être intérieur requiert de se désidentifier d'avec sa persona et son ombre.

Une fois la relation établie avec cet être intérieur, les revendications affectives s'estompent au profit d'un lien plus central qui résulte d'un retrait des projections de surface et d'une reconnaissance de l'âme sœur complémentaire , qui rend la relation d'amour fructueuse spirituellement dans la durée. L'âme relève de ce j'aime appeler une "Alliance Mystérieuse Eternelle" (A.M.E.).

Pour Jung, cet amour de deux êtres sera le prélude à une possible communauté authentique plus vaste avec les autres êtres et l’univers.(*3).

Ce "lien avec soi-même" renvoi aux expériences et visions extatiques décrites par Jung dans son autobiographies MA VIE (pages 335-340) .

(*1) l'anima (la femme intérieure de l'homme) et l'animus (l'homme intérieur de la femme) sont messagers du Soi et à ce titre qualifiés par Jung de "facteurs de projections" dans son livre AÏON)

(*2) La "persona" est le masque inconscient qui gère notre mode d'adaptation au monde exterieur de notre personnalité notamment la profession et "l'ombre" représente la personnalité refoulée pour vivre la persona tandis que "anima/animus gère notre mode d'adaptation au monde intérieur

(*3) « La communauté ne fleurit que là où chacun se rappelle sa nature et ne s’identifie pas aux autres » (CG Jung)




photos:

-Philémon et Baucis , couple de vieillards amoureux,